« Comment ça se fait que je peux plus penser comme tantôt ? »
Il existe une façon de changer qui demande ni de comprendre, ni d'essayer plus fort. Une question, posée au bon moment, peut faire basculer la façon de penser — et le changement se vérifie en quelques secondes, dans la conversation même. Voici comment ça se passe, raconté par celui qui l'a découvert en formation.
Ma cliente est assise en face de moi.
Je lui demande de se forcer à retrouver sa peur. De toutes ses forces. D'aller la chercher, là, maintenant, comme elle la sentait tantôt.
Elle cherche.
Elle trouve pas.
« Je trouve pas. »
Elle rit un peu. Elle comprend pas. Moi non plus, je comprends pas tout à fait — pas encore. Mais sa peur, elle est plus là. Quelques secondes avant, elle la sentait. Là, elle la cherche, et il y a rien à trouver.
Quelques secondes plus tôt, je lui avais demandé quelle partie d'elle avait pas encore reçu le message. Quelle partie d'elle tenait encore à cette peur, comme si elle en avait encore besoin.
C'est là que tout a basculé.
Si vous avez déjà essayé de comprendre votre peur pour vous en débarrasser — et que plus vous compreniez, plus elle restait —, vous êtes au bon endroit.
Ce que la tête peut pas faire
Vous connaissez ça, le raisonnement qui tourne en rond. Vous savez que votre peur est exagérée. Vous savez qu'il y a rien de dangereux. Vous l'avez expliqué à tout le monde, et à vous-même, cent fois. Et pourtant, la minute d'après, vous pensez pareil.
La tête sait. Le reste, non.
C'est ça, la boucle : vous pensez toujours pareil, même quand vous savez que vous pensez croche.
Le réflexe, c'est d'essayer de comprendre encore plus. De demander pourquoi. « Pourquoi j'ai peur ? » « Pourquoi je réagis de même ? » « Pourquoi je peux pas juste arrêter ? »
Le problème, c'est que le « pourquoi » cimente. Chaque réponse que vous trouvez donne une raison de plus à la peur de rester. Vous raisonnez avec la partie de vous qui a peur — et cette partie-là, elle écoute pas les raisons. Elle écoute les émotions.
La question qui ressemble à rien
Je pratique l'hypnose depuis 2011. En formation, j'ai découvert une méthode au nom étrange : le Mind Bending Language, d'Igor Ledochowski. Le langage qui tord l'esprit.
Au début, j'ai trouvé ça bizarre — c'est le cas de le dire. Des questions qui avaient l'air de sortir de nulle part. Des phrases qui se contredisaient. Je comprenais pas comment ça pouvait marcher.
Puis je l'ai essayé. En séance. Avec une personne qui pensait pareil depuis des années. Je lui ai posé une question bizarre. Et d'un coup, elle pouvait plus penser comme avant. Elle était médusée. Moi aussi.
Une fois, ma cliente doutait de tout. De ses choix, de ses décisions, d'elle-même. Le doute, c'était son mode de pensée par défaut. Elle avait essayé de raisonner contre, de se rassurer, de se prouver qu'elle avait tort de douter. Rien n'avait marché.
Alors je lui ai dit : « Doutons du doute. »
Elle a ri. Puis elle a réfléchi. Puis elle a dit : « Si je contredis mon négatif, ça devient du positif. Comme en mathématique… Ça peut pas ne pas marcher. »
Le doute avait trouvé plus fort que lui : lui-même.
C'est là que j'ai eu mon déclic : s'il y a rien de plus rapide, ni de plus magique, que de changer instantanément — dans une simple conversation —, c'est ce que je vais viser le plus souvent possible.
Je dois vous avouer quelque chose : c'est la notion la plus difficile à saisir que j'ai apprise dans toutes mes formations. Même aujourd'hui, je dirais qu'il y a une part de chance dans les changements des personnes que j'accompagne — plus que de maîtrise. Et pourtant, les résultats sont au rendez-vous.
Il y a une raison pour laquelle ça marche. Et elle est plus vieille que moi.
En 1987, un psychologue américain, Daniel Wegner, a fait une expérience simple : il a demandé à des gens de pas penser à un ours blanc. Juste ça. « Ne pensez pas à un ours blanc. » Résultat : ils y pensaient plus que jamais. Essayer de pas penser à quelque chose, ça le rend plus présent. C'est ce qu'on appelle les processus ironiques — l'esprit surveille ce qu'il doit éviter, et en le surveillant, il le ramène.
Dostoïevski l'avait remarqué dès 1863 : essayez de pas penser à un ours polaire, et vous y penserez toute la journée.
C'est pour ça que les questions bizarres marchent. Elles font l'inverse de ce qu'on fait d'habitude. Au lieu de demander pourquoi — et de cimenter —, elles déplacent l'attention ailleurs. Elles sortent la personne de sa réalité, le temps d'une question. Et quand elle revient, la boucle est plus là. Ou elle est plus pareille.
Une phrase qui tourne en rond
Une autre fois, ma cliente n'arrivait pas à quitter une relation qui lui faisait du mal. Elle savait qu'elle devait partir. Elle savait depuis longtemps. Mais chaque fois qu'elle essayait, la conversation tournait en rond — et elle restait.
Je lui ai donné une seule réponse. Une seule, pour toutes les objections : « C'est fini. » Peu importe l'argument, peu importe où la conversation l'amenait, elle revenait à la même réponse. « Et pourquoi c'est fini ? Ben parce que c'est fini. »
Ça a l'air de rien. C'est une phrase qui tourne en rond. Mais une phrase qui tourne en rond, on peut pas argumenter contre. Et quand on peut plus argumenter, on peut plus rester coincé.
Elle m'a dit que ça le désamorçait carrément. Que ça lui faisait du bien.
Le Décliq
Ciblage — On trouve ce qui bloque vraiment. Dans un cas, c'était pas la peur elle-même, mais la partie qui tenait à la peur, comme si elle en avait encore besoin. Une protection devenue un problème. Dans l'autre, c'était pas le manque de volonté, mais l'impossibilité de tenir une décision quand l'autre argumentait.
Changement rapide — Une question bizarre, posée au bon moment. Pas une explication. Pas un conseil. Une question qui sort la personne de sa réalité, le temps d'une phrase.
Test — On vérifie. Essaie de retrouver ta peur. De toutes tes forces. Si elle est plus là, le changement est en place. Si elle est encore là, on continue.
Si vous vous demandez en combien de temps un changement peut se produire, j'ai écrit une page qui répond à cette question : dans combien de temps les changements se produisent-ils.
Et si vous voulez voir ce que ça donne pour vous, la discussion gratuite de 15 minutes, c'est le point de départ. On se parle, on regarde ce qui bloque — et on voit si je peux vous aider.
Les histoires racontées sur ce blogue s'inspirent de situations réelles. Elles sont combinées et anonymisées pour protéger la confidentialité des personnes accompagnées.
Si mes articles vous font sentir que l'hypnose est la solution pour vous, on peut en discuter lors d’un appel exploratoire gratuit.












